Automne qui tombe
Saison qui écorche
Moisson qui frappe
en plein les sinus
qui brûlent à la moindre
occasion tu crois venu
déjà un jugement fatal nul
doute qu’un tel état ne puisse
se guérir, mais tout de même tu
conserve l’espoir qu’un bon
matin tu retrouveras
tes forces vives qui te
permettent d’agir
et tu te verras là un
tout Un
un jour, voilà, beaucoup
plus tard
où l’envie de répéter
la syntaxe d’un grand
auteur dans les œuvres duquel
tu te noies avec joie
cette syntaxe si près
de la perception des choses
cette syntaxe si proche
que déjà elle te paraît
familière et qu’à travers
elle déjà tu ressens
cette sensation qui marque
déjà ta marche lorsque
tu déambules bon jour
mal jour au travers des
dédales de ta cité
ta cité qui tu tue et qui
te crache au monde
chaque jour où tu marches
où tu t’y confrontes avec
entêtement
l’acharnement d’une
tête à fusée chercheuse.
Archive pour octobre, 2008
…une tête à fusée chercheuse.
…et tout ce que cela comporte.
Perdu les yeux
au creux des nénuphars
à la surface du lac à demi
endormi
Perdu la tête
au plus profond
des lourds nuages
qui couvrent l’espace
de leurs poches d’eau
Tu tiens ta plume entre
les doigts et tu n’oses pas
encore y inscrire ces mots
qui ne sont pas encore
des mots
ceux-là qui ne se disent pas
ceux-ci qui ne font que s’écrire
et qui déjà se perdent
l’oubli les avale.
C’est qu’ils ont fonction
fonction précise, c’est celle
d’engendrer ceux qui suivent
devoir de filiation opérant
obligation viscérale
de préparer le terrain des mots
qui fusent qui éclatent
qui tergiversent qui heurtent
qui se meuvent qui pleuvent
qui gueulent qui beuglent
qui s’alignent se taquinent
qui expriment ce que les autres
n’arrivaient pas à dire
de manière intelligible.
Laisse donc ta plume crisser
sur le dos de ton carnet, dans ses
marges le long de ses lignes, de ses
courbes de ses mensurations
Laisse la donc s’inventer un peu
tu y trouveras l’espace un jour
où inscrire ton nom et
tout ce que cela comporte.
une toute première scène
Jour de vent. Les voiles sont hissées. Capter le vent. Voguer, devant. Maintenir le cap.
Le parc est principalement occupé par une bande d’ivrognes. Je me demande si le chèque arrive au début du mois… On en voit souvent, titubant comme ils le font, là, sous ce ciel blafard, mais plutôt la nuit, à la fermeture des bars, qui errent çà et là le long des avenues. À l’heure du dîner par exemple, c’est autre chose. Voilà d’ailleurs l’intérêt.
Ils sont trois, au centre, autour d’un banc de parc. Des vélos sont renversés, à l’exception d’un seul qui, debout, garde dans son panier une caisse de douze des plus indiscrètes. Pas plus discrète que ceux qui la boivent, d’ailleurs : peinant à tenir une conversation, ils préfèrent s’envoyer des tabarnaks, maudit osti, et autres termes du genre, où le ton arrive vaguement à déterminer le sens de leurs propos. D’une manière ou d’une autre, ça vient de la gorge et ça empeste le houblon ranci. Qu’auraient-ils pour s’occuper s’ils n’avaient pas ce pauvre chien qui traîne son moignon de laisse aux quatre coins du parc? Que la pointe de leurs chaussures. Là, ils parviennent à transformer leur misère en spectacle. -Wohi! (c’est tout ce que je comprends lorsque l’un d’eux interpelle le chien) – Ahoueille icitte! côlice!
Et ils parlent fort, et ils boivent leur bière sans crainte, et patati et patata…
Plus loin, derrière eux, une dame assez âgée – cheveux blancs secs qui fusent dans tous les sens – se laisse porter par le vent, sur sa balançoire, les pieds frôlant de justesse le sol encore boueux.
À l’avant du parc, quelques ivrognes font compétition à ceux du centre. L’un d’eux s’avance, frondeur, passant devant le chien qui laisse aussitôt retomber ses oreilles.
– Non mais t’as ben une grand’ yeule, toé? t’as une grand’ yeule, hen?
- Hey viens icitte, toé!
Sous nos yeux, les miens et ceux du capitaine, stoïque devant ce qui lui semble banal et tout à fait quotidien, survient une véritable engueulade de taverne.
- Quossé t’as dit?
Nez à nez, haleine contre haleine, les deux chefs s’affrontent. Personne n’en vient à utiliser la violence physique : des deux côtés, chacun en demeure aux insultes, aux regards vindicatifs. Les lèvres bougent, les dents se dévoilent, cariées ou cassées, c’est l’un ou l’autre, mais les mots ne trouvent pas la force de parvenir à nos oreilles.
C’est la faute du vent. Et peut-être du fait qu’ils maugréent.
Aux Co’pains. Une grosse madame aux cheveux noirs et gras vient de s’installer sur le banc devant la boulangerie. C’est la première fois que je la vois dans le coin. L’autre, le tatoué (surtout sur la figure), un résidant permanant, cherche à la chasser de son territoire. J’entre et je commande un allongé ainsi qu’une miche de pain. En sortant, la madame, qui n’a pas bougé d’un poil, me demande de la monnaie. Je lui lègue ce qui traîne au fond de ma poche. Le soir, repassant par là, je l’ai revue, la main toujours tendue devant elle, répétant la même chose depuis ce matin.
Débarquement
Jour de vent. Frênes qui meurent à petit feu. Froidure (dure) qui s’installe, peu à peu.
Entrée discrète au Parc des Compagnons du côté d’une série de lourdes tables bétonnées. Elles jurent vraiment dans ce paysage d’automne. Un petit bonhomme aux longs cheveux gris, aplatis sous une casquette délavée des expos, sirote un grand café coulé dans un polystyrène. De la mousse de lait s’est échappée par l’orifice du couvercle; refroidie, elle lui colle à la moustache. Moustache touffue, non-traitée (!), jaunie par de nombreuses cigarettes, tachée de mousse de lait qui lui entre presque dans les narines à chaque inspiration. Je choisis ma place près de lui, moi mon allongé, pas de mousse de lait, dans ma tasse de plastique. Je sais qu’il est là, lui aussi, sans doute depuis un bon moment d’ailleurs, et qu’il observe les allées et venues du Parc des Compagnons. Je ne m’imaginais tout de même pas que mon idée était si originale… Quoi qu’il en soit, aucun échange de regard nous permet de bien saisir ce qui justifie la présence de l’autre. Sa nature d’observateur semble déjà clairement définie de toute façon : il tient à demeurer anonyme.
Je lui emprunte donc son théâtre, je sonde les lieux, porte une attention particulière, mais encore trop distanciée, sur les éléments qui constituent l’atmosphère qui nous entoure. Lui et moi, comme un capitaine et son mousse qui s’ignorent tout en conservant le cap, car nous nous sommes entendus, silencieusement, sur notre objectif. La mer est calme, mais l’horizon est obstrué par un épais brouillard que nous cherchons en vain à contourner afin d’y voir plus clair… nous n’avons pas compris, hélas, que ce que nous cherchions se cachait là, dans ce brouillard, et que nous allions tout simplement le manquer, passer à côté, comme on dit…
Trêve. Le parc s’agite. Des pirates à bâbord!
Odeurs qui traînent
Me saisi l’odeur de saucisson écono de la pizzeria du coin. On affiche toujours les pointes à 99 cents, mais il y a longtemps qu’elles font partie du patrimoine de la bouffe cheap.
fast food
Sièges jaunes laissés à l’abandon derrière le bâtiment des Scientologiseux. J’imagine qu’on s’y assoit parfois après minuit, le soir.
Vendredi matin, jour de la collecte des ordures, jour de livraison aussi : la ruelle Simard obstruée par de longs camions qui déchargent leurs cargaisons alimentaires.
Odeurs de fruits et de légumes pourris, éclaboussés sous de lourds sacs de plastique éventrés (la bile a terminé de couler), écrasés, abandonnés sur le pavé irrégulier de la ruelle Simard.
Mais le nez s’y attarde peu. Il est futé. Bientôt, on les récupérera, avec des gants et un pince-nez, parce qu’on est habitués.
Bientôt, c’est une odeur de macdo qui empeste, qui vient remplacer celle, presque moins persistante, des détritus. Émanation savamment orchestrée, travaillée en laboratoire, sans doute, répandue discrètement au travers des interstices de la cité. Le rouge et le jaune du logo qui ose apposer ses grosses pattes huileuses sur le coin de la rue.
fast food.
Les odeurs se mélangent, se perdent, le vent les disperse.
Maintenant les yeux (si, les yeux) et la conscience active. De la marche à la flâne. Quelque chose qu’obstruent les odeurs; il faut descendre davantage. Se laisser bousculer par le vent; n’avoir en souvenir que l’odeur des feuilles séchées, mortes, qui traînent le long des rues.
Débouche tout à coup sur une rue, tout à coup l’envie de tourner, de quitter la ruelle pour s’immiscer dans la dynamique quotidienne.
Cours me perdre à l’Ouest, afin de mieux revenir.
