Archive pour novembre, 2008

Le parc, avec un certain recul…

Le parc des Compagnons est bordé d’arbres, ce qui ne signifie rien de particulier, sinon qu’il s’agit d’un espace dévolu au repos urbain. Quelques bancs de bois, ici et là, permettent aux promeneurs de prendre une pause, qui s’avère, la plupart du temps, assez brève. Ceux-ci se retrouvent en bordure du parc, du côté de la rue Chabot, quelques autres au centre. Du côté est du parc, des tables massives de béton ont été installées lors des dernières « rénovations », lorsque le parc avait l’air d’une véritable mine urbaine, impudique. En quoi consistaient ces rénos? je me le demande… C’était en 2006, en tout cas, puisque je travaillais à ce moment dans le coin, à l’épicerie bio de la rue Frontenac. Le parc a conservé des marques physiques de ces interventions. Je soupçonne d’ailleurs que c’est le souterrain qui a motivé un tel investissement. Des surplus de terre ainsi créés, on a cru bon de former quelques petites excroissances, à l’avant du parc, bordées par des restants de béton, formant ainsi des bancs, face à l’avenue. Quelques tables de pique-nique ont été larguées, çà et là, et on ne se lasse plus de les déplacer au gré des ombres.

Tout ce qui reste se retrouve au fond du parc : il s’agit d’une zone de modules pour enfants. Il y a un module d’escalade, haut d’un mètre et demi à peine, dont plusieurs surfaces, en formes assez incongrues, donnent la possibilité d’escalader la structure en tout sens. Des balançoires, évidemment, individuelles ou à bascule, comment préciser convenablement qu’il s’agit de l’une ou de l’autre autrement? On nomme balançoire l’une ou l’autre…

Enfin. Quelques petites bestioles métalliques, montées sur un ressort, ces mêmes bestioles qui habitent la plupart des parcs pour enfants, me rappelant ceux de mon enfance, où quelques petits bonhommes s’ébrouent, à l’occasion, sous l’œil reposé de leurs parents, car c’est bien moins dangereux que le module d’escalade. Une chute de 10 centimètres, tout au plus, quand le ressort est à cran, vers l’arrière, dans un tas de copeaux, ça brise pas des os, ça n’incite pas les pleurnichards à déverser leurs flots… À moins que la bestiole ne se fâche et qu’elle décide de jouer au taureau de festival country, défi des épris de rodéo, et qu’elle ne délie son ressort afin de se péter le front dans les copeaux devant elle, pour mieux rebondir derrière et… nécessairement faire mal. Mais les modules pour enfants sont certifiés des plus hautes normes sécuritaires en matière de loisirs… 

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bancs publics…

” Un objet, avons-nous écrit, est poétique lorsqu’il s’illimite, lorsqu’il franchit ses propres frontières pour éclairer le monde d’une certaine lumière. Tel est le cas du banc public qui, paradoxalement, malgré sa massivité, allège nos existences”

Pierre Sansot, Jardins publics, p.24

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un matin de flâne…

Il y a de ces matins qui vous agrippent rudement par le col du pyjama.

Où, en quelques secondes à peine, vous êtes déjà planté devant le percolateur, jurant d’impatience. Ces matins trop courts, les yeux roulant frénétiquement sur la une du journal, les oreilles tendues vers une voix profonde qui anime en filigrane tous vos matins, les dents pleines de bagel et de fromage à la crème. La première gorgée de café prise trop rapidement alors que vous lacez vos souliers, le poste de radio que vous courrez éteindre en enfilant votre manteau, la montre que vous récupérez sur la table et qui vous confirme que vous venez de rater l’autobus. La marche rapide jusqu’au métro, l’attente devant les wagons bondés, l’appréhension d’arriver en retard. Il y a de ces matins qui vous pèsent, qui vous confrontent sans relâche à la plus insignifiante des routines.

Pour le reste, il y a les samedis matins. Ces matins où la lumière du jour vient vous chercher doucement, se frayant un chemin par la brèche qui lui est offerte entre les rideaux mal tirés. Ces matins où la flâne est la première activité qui s’impose dès le lever; elle est inscrite dans un quotidien bien plus chaleureux que les matins de semaine. Même si les trajets finissent par se ressembler.
Ainsi, vous sortez de l’appartement, les sens en premier; c’est tout juste si les pieds ne vous suivent que par obligation. Ils sont tellement malheureux d’être devenus de pauvres faire-valoir qu’ils s’enfargent même dans le journal, lui qui a pourtant l’habitude de vous attendre là, sur le pas de la porte, chaque samedi matin. L’automne expose le peu d’atours qu’il reste à la nature : l’odeur des feuilles séchées qui vous pénètrent les narines, le soleil qui magnifie la couleur des dernières feuilles survivantes, dans le haut des frênes, autrement fades, la sécheresse des écorces… Mais aussi le poil rude de la grosse minoune du voisin (c’est ainsi que vous avez baptisé sa chatte, faute de médaillon) qui vous dit « bonjour », amicalement, tout en s’étirant au bas de l’escalier. Une feuille de papier, collée à la porte d’un autre voisin un peu plus éloigné, annonce : « partis au parc ». Ce n’est pas la première fois que vous la voyez, et même si vous arrivez à vous imaginer vaguement le portrait du monsieur, vous n’avez jamais su de quel parc il s’agissait. Grosse Minoune suit, accompagnant sa marche de quelques miaulements qui sonnent comme des points d’interrogation. « Je m’en vais au parc des Compagnons, tu le sais bien. Tu peux me suivre si tu veux… » Cela provoque un sursaut : elle ne s’attendait visiblement pas à ce que vous quittiez son territoire. Elle retourne, moustaches basses, à son logis. Vous êtes déjà emporté, marchant lentement vers l’avenue du Mont-Royal, croisant au passage quelques voisins qui, visiblement, profitent eux aussi de ces restants de chaleur.

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