Un café le jour

Elle et moi, nous respirions le même air ce matin-là, et ce n’était pas du tout de notre plein gré. Ils avaient cette habitude parfois facheuse de resserrer les tables entre elles lorsque le café se remplissait.

Pris par surprise. Disons que pour un lundi matin, cela était dû au soleil, qui avait pu concrétiser la promesse d’un tel achalandage.

D’ailleurs, personne n’était assez original pour s’installer sur la terrasse de devant, bien qu’on y ait déjà installé d’imposantes tables de céramique. Très lourdes d’ailleurs: elles ne s’envolaient jamais, malgré la fréquence des bourrasques printanières.

Nous devions tous convenir de nous attarder en petits groupes au même exemplaire du journal de ce matin. L’angoisse qui me prenait lorsque, prêt à tourner la page, je sentais le regard de mes voisins de lecture encore coincé entre les lignes de l’article précédent. Une gorgée de café et s’armer d’un peu de patience. Il faut à tout prix éviter les bagarres inutiles.

De quoi avions-nous l’air, justement, attablés comme ça, un lundi matin, dans un petit café de quartier? Qui diable vient accompagné à un pareil moment? Vous travaillez (le portable, toujours toléré, quelle idée géniale pour favoriser la co-habitation!) ou vous fuyez le travail. Autrement, vous êtes un marginal. Ils auront tôt fait de vous étiquetter. Prenez note de ce bref coup d’oeil que portera sur vous le garçon, lorsqu’il s’approchera de votre table avec sa serviette…

Comment aurait-il donc été possible d’appréhender cette rencontre? Comment pouviez-vous vous imaginer lui demander son nom?

[...]

3 commentaires »

  1. Bb a dit

    Content de te retrouver mon cher. Comme quoi le printemps fait du bien.

    Je bois un café à ta santé. Salut!

    B.

    P.S.: Et fait gaffe, les chiens errants sont dégelés aussi… Le flâneur pourrait devoir se muer en sprinter… ;)

  2. kev C a dit

    Merci bien, cher B. Je tâcherai d’ailleurs d’être un peu plus présent. Virtuellement parlant.

  3. Bb a dit

    D’ailleurs, ça m’a fait penser à ce passage de la Poétique de la ville, de Sansot: « Le journal du bistrot serait vespéral, un délassement en commun après la journée de travail. Au café, il joue au mieux son rôle, le matin. Par le journal et par le loisir qu’il s’accorde en cette matinée, le consommateur se “désengage”, il prend du recul pour juger le cours du monde, il ne compte plus parmi ceux qui subissent les événements. »

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