Vous lui aviez donné rendez-vous.
Mais vous étiez arrivé de bonne heure.
Vous appréhendiez en toute connaissance de cause que tout bon siège allait être occupé passé vingt-deux heures. C’était l’heure prévue pour votre rencontre. Mais il était tout de même à peine vingt et une heure moins le quart.
Au fait, qu’importe si vous risquiez de vous retrouver nez à nez sur les petits bancs de bistro de la table collée contre la vitrine. Vous étiez là de bonne heure pour autre chose, mais, étrangement, vous ne parveniez pas à l’avouer. En tout cas, vous aviez déjà prévu lui répondre, lorsqu’elle allait s’excuser d’un faux retard, que vous veniez tout juste de prendre place dans le café. Le bol vide éclaboussé de lait gommant devant vous devait sans doute être un artefact de votre prédécesseur. L’énergie que vous alliez mettre à cacher l’excitation éphémère que ce café venait de produire…
Amoureux du jazz, c’est ça. Ça vous venait à l’oreille. Et il se trouve qu’un trio s’y donnait tous les jeudis soirs, jusqu’à la fermeture.
C’était ça, l’ambiance parfaite d’un café, le soir. L’éclairage tamisé des lustres. Ce bol de café au lait lentement dégusté. Les notes de contrebasse qui vous pénétrent la poitrine. L’attente.

Véro B a dit
Une contrebasse!
J’adore. Le jazz, et le reste aussi.
khâryatide a dit
La personne attendue ne sait pas ce qu’elle a manqué – tout, ainsi raconté.
Des attentes comme ça, c’est à vouloir qu’elles ne passent pas.