Archive pour Trottoirs

Service du soir

Attendre une heure, sinon plus, même sous la pluie.
Certains braves se présentent à l’entrée sans réservation.
Sur le trottoirs, devant le seuil et bien au-delà, les badauds s’entassent, attendent que leur nom soit pigé.
Les jointures blanchies à serrer leurs bouteilles de vin.

Les passants doivent contourner par la rue, malgré son tumulte, malgré le brusque mouvement des taxis.
D’autres se faufilent, avec adresse, et s’amusent un peu à la vue d’une telle foule.
Mais qu’est-ce qui peut bien attirer autant de gens à cet endroit?

On parle fort, en tout cas, la faim nous gagne, on s’énerve un peu.
Certains profitent de l’effervescence subite de ce lieu pour s’arrêter et tendre la casquette.
Parait que les vendredis et samedis sont soirs de guerre pour ceux-là, aux intersections dites branchées.
Pourtant, rien ne mord.

Et c’est vers 1h00 du matin, s’ils ont patiemment dérivé d’un trottoir à un autre, qu’ils obtiendront quelque chose.

Une bouteille traine près du seuil, le bouchon de liège coupé en deux.
Elle coule légèrement, mais c’est pas bien grave.
Il la garde précieusement.
Descend St-Denis pour aller se mettre au chaud.

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Formes fuyantes de la nuit

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Figé

Ça avait été vaine promesse, lancée au pas du seuil.

Pendant un court moment, le coeur battant,
Elle avait décidé d’en immortaliser la fougue,
Dans ce béton tout frais,
Qu’on l’invitait à ne pas toucher.

Attendre qu’il sèche.

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Les trottoirs sont marqués…

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Étalages

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Appréhender les trottoirs

Des trottoirs, règle générale, nous en empruntons tous les jours.
Ce sont souvent les mêmes. Nous avons l’habitude de prendre ceux qui nous mènent sans détour là où nous voulons nous rendre.

L’usage que nous en faisons est quelque peu limité. Le trottoir n’est pas nécessaire à la marche. Seulement, il lui est accommodant. Sa surface policée, rectiligne, ne rend pas forcément la marche agréable, mais elle la rend efficace. C’est sans doute ce qui le rend populaire. Or, dès qu’il est possible de bifurquer par un terrain vague, par exemple, un trottoir « sauvage » apparait et vient remplacer celui qui est balisé et situé en périphérie. Ainsi, c’est bien l’efficacité qui compte et non pas la perfection du chemin.

Le trottoir est donc un espace voué au déplacement à pied. En ville, il a un statut équivalent à celui de la chaussée. Ensemble, trottoir et chaussée forment la rue – avec un grand R. Il en est ainsi, car voitures et piétons cohabitent très mal. Cela va de soi : il est d’ailleurs possible de le remarquer à chacune des intersections que nous croisons.

Sachant qu’un espace est un lieu considéré en fonction des interactions qui y prennent forme, référons-nous à Michel de Certeau, dans son texte « Récits d’espace » :

Est lieu l’ordre (quel qu’il soit) selon lequel des éléments sont distribués dans des rapports de coexistence. […] Un lieu est une configuration instantanée de positions. Il implique une indication de stabilité. […] L’espace est un croisement de mobiles. Il est en quelque sorte animé par l’ensemble des mouvements qui s’y déploient. Est espace l’effet produit par les opérations qui l’orientent, le circonstancient, le temporalisent et l’amènent à fonctionner en unité polyvalente de programmes conflictuels ou de proximités contractuelles. L’espace serait au lieu ce que devient le mot quand il est parlé

Est-il possible d’appréhender le trottoir comme s’agissant d’un espace ? Rien n’est plus probable, et c’est sans aucun doute ce que nous nous chercherons à prouver ici.

Retour du flâneur: Trottoirs (espace-thème)

¹Michel de Certeau. « Récits d’espace » in L’invention du quotidien. I. Arts de faire, Paris, Gallimard, 1990, p. 173

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Entrefilet 4 (Un Yorkshire Terrier)

Le brigadier, à deux pas de l’école. Il somnolait, appuyé à la souche d’un arbre. Visiblement, il était hors service. Une voisine s’arrêtait pour discuter, alors que son chien, à bout de laisse, faisait ses besoins sur la pelouse de la coopérative d’habitation, tout juste en face. Je m’imaginais la petite dame vêtue de son long tablier fleuri, agenouillée dans les platebandes, tirant les mauvaises herbes jusqu’à la racine, et qui, cherchant appui de sa main gauche, tombait pile sur le crottin du petit Yorkshire Terrier.

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Entrefilet 3 (À la queue leu leu)

Les enfants de la garderie. Ils se suivaient à la queue leu leu, chacun son bout de ruban autour de la main. Ils piaillaient une comptine, dont une seule petite fille, à la voix suraigüe, connaissait vraiment les paroles. Au mieux, et c’est bien cela qui était amusant, les autres formaient autour d’elle un petit chœur désaccordé. Il faut avouer, par le fait même, que la supposée chef d’orchestre organisait ses directives à un tout autre but. « On arrête, les amis! La lumière est rouge! Raphaël! Tiens, voilà un mouchoir! Mouche-moi ça, ce petit nez-là, mon cœur! »

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Entrefilet 2 (Le “laitier”)

Le livreur du dépanneur du coin. C’était la première personne que je croisais ce matin. Il avait déposé, dans le grand panier de plastique sur le devant de son tricycle, une petite caisse de plastique dans laquelle s’entassaient des cartons de lait. Il m’a frôlé, sur le trottoir, sans crier gare, et moi j’ai sursauté, évidemment, malgré le vacarme qu’il produisait à son passage. J’entendais presque un faux tintement de bouteilles de verre – car, règle générale, il livrait de la bière, surtout en fin de soirée, mais aussi à toute heure du jour, et si vous ne le voyiez pas, vous l’entendiez, vous parveniez même à le situer dans l’espace, parfois quelques intersections plus loin, lorsqu’il reprenait le trottoir, et que le contenu de son panier s’entrechoquait. Même au volant de son tricycle, il avait toujours une cigarette qui lui pendouillait à la commissure des lèvres. Il s’arrêtait devant un duplex, et d’une pichenette issue d’une chorégraphie, il jetait sa cigarette sur la chaussée. Il tirait vivement sur le premier carton de lait, celui qui collait aux autres. Il s’avançait jusqu’à la porte, sonnait et revenait, sans attendre qu’elle ne s’ouvre. Enfourchant son vélo, il s’allumait une autre cigarette.

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