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never sleeps.

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Occupation massive

Samedi après-midi ensoleillé.

Les familles prennent d’assaut les parcs du quartier. Au parc de Lorimier, une famille assez élargie est installée en plein coeur. L’occupation est totale. Ça donne un air de cour arrière de banlieue en plein mois d’août, lorsque tous se réunissent pour une épluchette de maïs. Pas vu de maïs, mais quand même tout le bataclan, à savoir les chaises pliantes ou empilables, les nappes synthétiques aux motifs qui se passent de toute description, les ballons gonflés à bloc, petits et énormes, bleus, oranges, verts ou rouges, enfilés entre les arbres. La fête familiale est circonscrite à l’intérieur de cet enclos.

La fête est assez calme, cependant. Personne n’a traîné son stéréo. Les tables sont pleines de plats qui se mangent froid. Les enfants qui font voler, approximativement, de petits avions de papier coloré, faute d’avoir une ouverture suffisante sur l’azur afin de dresser des cerf-volants.

Les croisant, ils digèrent, tous écrasés au creux de leurs chaises, quelques-uns par terre, d’autres s’affairant déjà à ramasser les restes plus sucrés afin de ne pas attirer les guêpes. Les enfants les plus âgés picorent les miettes d’un festin étalé sur les nappes à carreaux, des croustilles, surtout. Ils courrent et ils y reviennent – ils s’en rendront malades.

Petite fête du dimanche, bien que ce soit samedi – ces repas dominicaux qui s’étirent bien qu’ils se terminent tôt, l’extension des brunchs du matin – sans les croissants et les confitures, le café et les biscottes. Les adultes s’ennuient, on perçoit déjà le spleen du retour au travail – merde, lundi approche, déjà. «N’en parlons pas! Mais je ne pense qu’à ça, ça occupe tout l’espace…» Alors restent tous cois, regardent les enfants insouciants se lancer le ballon, trébucher dessus.

Scène contrastant complètement avec l’allure calme, silencieuse et invitante du Parc de Lorimier, les jours de semaine, parfois le dimanche.

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Une petite enclave

L’endroit se nomme officiellement le Parc Saint-Jacques.

Il est emmuré sur son extrémité nord, son extrémité sud; clôturé à l’est comme à l’ouest. Une entrée et une sortie, face à face, un simple passage pour éviter la rue Ontario, dont on perçoit les remous, un peu plus haut.

L’espace est occupé à-demi par une zone de module pour enfants, alors que deux petites tables de bois peintes invitent subtilement les jeunes familles du quartier à y piqueniquer.

Au nord, on dirait une petite école. C’est un peu difficile de s’imaginer 300 enfants piailleurs, en même temps, coincés dans une si petite enclave.

Ce tout petit parc est le coeur d’un aussi petit quartier. C’est toujours ainsi. Un parc est le coeur d’un réseau invisble, de relations quotidiennes, parfois anodines, mais un coeur qui bat – et qui fait vivre le quartier. On peut le ressentir lorsqu’on le croise et qu’on daigne s’y arrêter.

Ces petits espaces silencieux qui, parfois, ont beaucoup à dire sur notre manière d’habiter la ville.

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Jean.

Son nom, c’est Jean.

Je l’ai vu pénétrer le Parc des Compagnons comme ça, sur son petit bolide chargé de sacs de plastique noués. Une petite casquette renfoncée sur son crâne chauve. Quelques petites couettes timides, écrasées sous la bordure élastique.

Le voici qui nous provient de la rue, avec dans les yeux l’envie du repos, sous les arbres, entouré de pigeons qu’il connaît bien, de chiens de passage, d’écureuils pilleurs de poubelles. C’est un habitué et on le sent bien, dès qu’il approche. Le doute est impossible. Une halte inscrite au quotidien et un bonheur gonflé par la répétition.

Il s’agit d’un tout petit incident pour que tout bascule. C’est arrivé alors qu’il s’engageait de la rue au trottoir: la roue arrière droite de son bolide est restée sur le bitume, arrêtée par la bordure d’une vingtaine de centimètres de haut. Sur la petite pente de ciment, qui devait assurée une entrée plus adéquate dans le parc, il est arrivé un peu de travers. Trop confiant, il n’a pas mesuré son virage.

La détresse l’a gagné en quelques secondes. Tout juste devant lui, assise à la pointe d’une banquette de béton, la lectrice lui jette un bref regard. Ce regard auquel il s’accroche, les deux mains sur les manettes de contrôle, à les envoyer dans tous les sens.

Pourquoi ne lui vient-elle pas en aide alors que, quelques mètres plus loin, le besoin est clair? Car pourtant elle le regarde – le mot est peut-être un peu trop large… Elle l’observe, ce sont ses yeux qui agissent; elle se trouve ailleurs, encore coincé dans un autre lieu, celui où sa lecture la tient captive. Les signes sont clairs: lui qui gémit d’impuissance, le couinement mécanique qui indique bien la nature du problème.

C’est bien la première fois que ça lui arrive. En général, il peut rouler aisément, sans se tracasser, et envoyer timidement la main aux gens, avec un petit bonjour – hommes, femmes, enfants, peu d’exceptions. Personne ne le discrimine alors il offre ainsi, humblement, sa gentillesse, sa bonhomie, et les gens apprécient sa présence, rigolent bien à la vue de son dossard fluorescent, celui qui en général appartient aux brigadiers, aux employés de la voirie.

Il allait lui demander son aide, à cette fille. Il n’en pouvait plus, il allait crier, il le sentait, ça lui prenait l’estomac, c’en devenait trop honteux.

Mais il n’en a pas eu besoin: comme par magie, la roue s’est décoincée. Il a foncé, sans le vouloir ni le prévoir, vers la lectrice insouciante. La manette de vitesse était toujours à cran, sous sa main. Un peu gêné, mais tout de même heureux que tout soit revenu à la normale, il s’est arrêté là, juste, à côté d’elle.

Et il lui a souri. Elle, enfin présente, du moins au minimum, le lui a rendu.
«Salut. Mon nom, c’est Jean.»
Puis il est reparti.

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