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Comment “lever” une scène

Une dame traîne devant le parc, les bras pleins de toutous. Un petit lionceau, les moustaches cassées par le froid, la crinière minimaliste, trône fièrement, tout de même, et repus (autrement, il vous aurait sans doute pris en proie), sous l’aisselle de sa propriétaire. Qu’attend-elle ainsi, alors qu’elle fait valser ses bottes délacées sur le trottoir glacé? Le lionceau n’est pas le seul petit animal de peluche à quémander la douce chaleur de cette dame. D’ailleurs, cela doit être le seul endroit au monde où vous pouvez retrouver fraternellement réunis des animaux d’origines aussi éparses qu’il semble possible. Un phoque. Si si, un phoque, et tout gris, le pauvre! Il ne s’est pas accoutumé à ce climat hivernal. Il lorgne la crinière du lionceau. Qu’est-ce qu’il ne donnerait pas pour faire du petit louveteau, sous lui, coincé entre les mitaines que la singulière femme a retiré et qui fument encore tellement elles sont imprégnées de sa sueur, un joli petit manteau qui lui redonnerait sa sombre assurance cutanée? Rarement il a été ainsi traversé d’un tel désir de cruauté, d’une telle indifférence envers son prochain, fut-il d’un genre tout à fait contraire au sien! C’est le genre de choses qui lui donne la nausée. Impossible pour lui de tenir plus longtemps. Dorénavant, son regard inoffensif penche vers quelques petits chiens en laisse qui passent là, à gauche, à droite, tout près de cette femme aux yeux empourprés de fatigue, à laquelle vous revenez tranquillement, car l’insistance que vous portez à ses petits trésors a tôt fait d’imprimer une méfiance de plus en plus certaine sur son visage jusque-là inquiet. Y a-t-il lieu de se sentir coupable? Avez-vous violé, à l’instant, l’intimité de quelqu’un? Quelques pas dans la direction inverse : vous vous imaginez sans doute que ça effacera les soupçons, bien sûr. Tiens, pourquoi ne pas tricher et aller prendre un café en face, question de l’observer de l’intérieur, bien au chaud? Traître. Votre condition sera totalement détachée de la sienne. Prendrez-vous consciemment ce risque? Allons donc! S’il fallait que cette intrigue trouve sa résolution au moment où vous lui tournez le dos? Il y a sans doute moyen de demeurer là, de subir cette scène jusqu’au bout. Vous connaissez la persévérance? Dans une telle situation, il faut aussi connaître le repli. Mais le repli à demi. Parce que vous savez bien que le repli est souvent une bien vilaine chose. Surtout pour un flâneur de votre trempe. Toutes ces questions existentielles et la dame ne bouge pas. Le sentiment de méfiance est reparti comme par magie, sans que vous ayez à y mettre du vôtre. Ç’aurait été un grain de sel, tout au plus. Un grain de poivre bien frais, trop fort, même, aux arômes puissants, du genre de ceux que l’on n’oublie d’aucune façon et bien malgré nous. Alors c’est bien tant mieux que ça se soit réglé tout seul!

Ce sera “Vie saisie des peluches”.

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des voix, des ombres.

promenade sur Mont-Royal, lundi après-midi. Vers l’ouest, le jour déclinant. Soleil aveuglant, visages anonymes et corps fugitifs. Tout se déroule dans un périmètre mouvant que vous laissez avancer à tâtons, surtout à la traversée des rues transversales. Les automobilistes et tous ceux qui tournent le dos au soleil n’ont pas le même handicap que vous. Le pas est fragile, et les sens sont déroutés par une telle quantité de lumière. Ce sont des voix qui passent, des fragments de conversations qui vous croisent. Vous suivez le rythme des bottes d’un homme qui vous précède, sur le trottoir glacé. Autrement, c’est une ombre que vous percevez. L’avenue est peuplée d’ombres, direction ouest, d’ombres qui font les boutiques, d’ombres qui bouquinent, pour se réfugier du soleil. Mieux, on se réfugie pour prendre un café, pour discuter. Pour se sentir moins seul parmi les ombres. 

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